A Paris du 18 octobre 2011 au 5 février 2012. Photographe atypique des années soixante qui a connu une fin tragique, Diane Arbus est aujourd’hui célébrée, pour la première fois en France, avec une rétrospective touchante et troublante de plus de deux cent clichés à la galerie du Jeu de Paume.

A young man in curlers at home on West 20th Street, N.Y.C. 1966
C’est avec une scénographie moins classique que d’ordinaire que le Jeu de Paume a choisi de montrer l’œuvre de Diane Arbus : les photographies ne sont pas accrochées de façon chronologique ou thématique. C’est dans son intégralité que le spectateur les reçoit. Il n’y a ni commencement, ni fin. Les images, simplement accompagnées du titre donné par l’artiste, deviennent puissantes et criantes de vérité jusqu’à exploser au visage de chacun. Les clichés s’enchaînent et nous mènent dans les deux dernières salles qui sont consacrées à la vie de Diane Arbus avec des documents inédits, ses carnets de notes, les boîtiers qu’elle a utilisés, des témoignages de proches dans une mise en scène chronologique qui se termine froidement avec son suicide, en 1971. Deux salles qui donnent quelques clés pour mieux comprendre son travail, sa démarche presque anthropologique alors qu’elle se destinait à une autre vie.
Le visage d’une Amérique hors normes
« Je crois vraiment qu’il y a des choses que les gens ne verraient pas si je ne les photographiais pas »
Issue d’une riche famille de new-yorkais, Diane Nemerov choisit d’abord la peinture pour regarder le monde. C’est son mari Allan Arbus, rencontré lorsqu’elle avait 14 ans, qui lui offre son premier appareil photo, un Graflex qui ne quitta plus jamais son cou. Contrairement à ses confrères, Diane Arbus puise essentiellement son inspiration à New York et ses alentours. Elle monte d’abord un studio avec son mari et fait ses débuts en tant que photographe de mode en travaillant pour des magazines prestigieux comme Harper’s Bazaar, Vogue, Esquire… mais à 35 ans, elle décide de se consacrer à des travaux plus personnels. Fascinée par le monde du cirque et par tous ceux qui sont différents, Diane Arbus va dresser le portrait d’une Amérique hors normes et ne cessera de prendre en photo des travestis, des clowns, des handicapés, des nudistes, des freaks pour montrer ceux qui vivaient en marge des conventions sociales, conventions qui l’angoissaient depuis son plus jeune âge.
Des photos qui révèlent une cruelle réalité
Alors qu’elle utilise un 35mm, comme la plupart de ses contemporains, Diane Arbus investit dans un Rolleiflex 6×6 pour pouvoir « éliminer le grain des photos et pouvoir découvrir dans ses images la véritable texture des choses ». Ce format carré renforce la réalité des sujets qu’elle photographie et signe surtout le style Arbus. Elle ne cherche pas à sublimer, ne juge pas. Cette présentation sans artifice fait d’autant plus apparaître leur extraordinaireté.
De son vivant, son travail fut notamment présenté en 1967, avec celui de Garry Winogrand et de Lee Friedlander, dans une importante exposition au MoMA de New York intitulée « New Documents ». Cette manifestation, qui lui apporte la reconnaissance, apparait alors comme un vaste portrait de l’Amérique des années soixante. Un de ses plus célèbres portraits « A young man in curlers at home on West 20th Street, N.Y.C. (1966) » est une image troublante qui montre cette Amérique hors normes. La curieuse réalité de ce portrait saute au visage. C’est un jeune homme maquillé, aux ongles parfaitement manucurés qui fume une cigarette avec des bigoudis sur la tête. Une image à la banalité évidente mais à la vérité crue et douloureuse, celle d’un jeune homme en quête de son identité.
Ses photographies si souvent copiées, révèlent aussi une artiste habitée par la dépression qui mettra fin à sa vie à l’âge de 48 ans, en se taillant les veines, dans son appartement new-yorkais, en 1971.
Diane Arbus, 18 octobre 2011- 5 février 2012.
« Diane Arbus : Une Chronologie 1923-1971 » (éditions de La Martinière/Jeu de Paume), 25 €.