A Strasbourg jusqu’au 12 février 2012, l’Espace Stimultania expose les clichés que Pierre Bourdieu a pris en Algérie. Une plongée en images dans un monde en pleine mutation.

Camp mis en place par l'armée française. Dans : Pierre Bourdieu : Images d’Algérie. Une affinité élective. © Pierre Bourdieu / Fondation Pierre Bourdieu, Saint-Gall. Courtesy : Camera Austria, Graz.
Dix ans après la mort de Pierre Bourdieu et la première exposition à l’Institut du Monde arabe de ses photographies prises en Algérie, Stimultania expose à nouveau les clichés du sociologue jusqu’au 12 février.
Le Festival Strasbourg-Méditerranée
Cette nouvelle exposition des clichés pris par Pierre Bourdieu entre 1958 et 1961 se déroule dans le cadre de la 7e édition du Festival Strasbourg-Méditerranée dont le thème, cette année, est « Exil(s) ». Depuis 1999, date de sa première édition, ce festival s’est donné pour but l’exploration des identités nées des échanges euro-méditerranéens, qu’ils relèvent de l’immigration, des expatriations, des voyages, des errances, des fuites ou des rassemblements. Cette fois, il visite ou revisite toutes les manifestations de cette rupture qui définit l’exil, à la fois géographique, religieux, climatique, politique, intime.
La naissance d’un engagement
A l’automne 1955, Pierre Bourdieu, 25 ans, fait partie des contingents d’apprentis militaires qui partent pour la terre algérienne, où les hostilités s’accélèrent depuis la fin août, après les répressions sanglantes dans le nord du département de Constantine.
Il est alors jeune philosophe, et au printemps de l’année suivante, il entre au service de documentation du gouvernement général d’Alger. En 1957, il devient assistant à l’Université de cette même ville, pour enseigner la philosophie et la sociologie. C’est là, avec ses étudiants qu’il entraine dans l’aventure, qu’il va construire son système d’enquêtes de terrain, dont le sujet sera la mutation du monde algérien, comprendre le fait colonial avant la lettre, dans son ensemble.
Une photographie humaniste

Sans titre, O 50/251. Dans : Pierre Bourdieu : Images d’Algérie. Une affi nité élective. © Pierre Bourdieu / Fondation Pierre Bourdieu, Saint-Gall. Courtesy : Camera Austria, Graz.
C’est ainsi que, muni de son appareil 6 x 6cm, Pierre Bourdieu va, durant quasiment les trois dernières années d’un morceau d’empire en train de s’effondrer, saisir et immortaliser les stigmates de la colonisation. Le regard qu’il porte à travers son objectif est celui de l’observateur objectif : plan large sur une situation donnée, dénué du sentimentalisme qui se niche dans le détail du gros plan. Les 150 clichés qu’il a rapportés révèlent la mutation tragique du pays à travers le quotidien humain, à la ville et à la campagne, dans les camps et les bidonvilles.
Ces véritables outils que furent ces photographies aux yeux de Bourdieu, sont exposées aujourd’hui avec les éléments de contextualisation qui permettent une lecture globale de ces années-là ; coupures et titres explosifs de presse, textes engagés des intellectuels Sartre, Mauriac ou Malraux contre la violence en Algérie, tous supports de mémoire de ce tragique moment de l’histoire.
Informations pratiques
Stimultania : www.stimultania.org
33, rue Kageneck, 67000 Strasbourg
Festival Strasbourg-Méditerranée : www.strasmed.com